Cette semaine, j’ai eu l’occasion de participer à une visite guidée au Musée d’Art Moderne de Céret (66) présentant Auguste HERBIN.
Ce peintre, né en 1882 dans le nord de la France, a traversé avec brio les différents mouvements artistiques du XIX ème siècle (dont certains ont déjà été mis en avant dans la CULTURE A) partant de l’impressionnisme jusqu’à arriver à l’abstraction.
Ayant grandi à Cateau, ville reconnue pour son usine de textile, il prit goût pour les formes géométriques et les couleurs vives. Très jeune, il gagna une bourse pour le dessin et alla se former aux Beaux-Arts. Il n’y resta pas longtemps, et fût vite attiré par la technique de l’impressionnisme.
exemples de tableaux exposés : « Paysage nocturne de Lille » (son premier signé en 1900) et « Toits de Paris sous la neige », malheureusement introuvables sur internet.
Le premier représente des maisons de face accolées, dans une rue de nuit éclairée par un lampadaire : il semble y avoir beaucoup de noir, mais en réalité il y a des touches de bleu dans le sombre, et les parties éclairées sont très vives.
Comme l’indique le titre du deuxième, on y voit la neige tomber sur la ville, pour cela il a utilisé beaucoup de teintes pastel allant du rose au bleu en passant par le vert.
Déjà là, nous y voyons une inspiration pour l’architecture. Ce qui se prononcera beaucoup par la suite quand il se livrera au cubisme (mouvement qui consiste à fragmenter, éliminer les perspectives), après s’être intéressé au fauvisme par ses couleurs vives. Il cherchera donc à concilier les deux.

Par sa petite taille (1m52), il échappa au combat de front, et se retrouva dans les coulisses à peindre les avions. Comme beaucoup d’artistes après la guerre, un refus de continuer à réaliser ce qui se faisait auparavant se fait sentir. De plus en plus, il se mettra à simplifier les formes, la disposition des couleurs, jusqu’à arriver à l’abstraction pure, uniquement des formes géométriques.
A l’exposition, nous pouvons même y voir un tondo (nom donné aux tableaux de forme ronde), ainsi que du bas-relief. Pour l’un d’entre eux, l’artiste a utilisé des bouchons de liège pour imiter les rouages d’une machine. Certaines des œuvres sont des sculptures-peintures en ciment, d’autres des assemblages de bois, formant parfois des totems. Un cadre de miroir nous fait penser aux débuts des Arts Déco par ses formes et ses couleurs.

Ayant des difficultés financières, Herbin a dû se remettre à la figuration pendant quelques années, entre 1922 et 1926, lors desquelles il s’est même résigné à peindre des personnages religieux. C’est seulement suite à cette période, qu’il a enfin pu ressentir un épanouissement dans son art. On voit une grande évolution dans ses tableaux, désormais plus constitués de grands arrondis, et des aplats de peinture sans aucune trace de pinceaux.

Herbin a adhéré à la philosophie de Rudolf Steiner, l'anthoposophie, qui consiste à mettre en avant la spiritualité humaine, chercher le summum du bien-être, à l'image de Bouddha. Un style de vie qui amène au biologique, aux médecines plus naturelles (acupuncture, homéopathie), et à une certaine éducation : laisser l'enfant s'épanouir à son potentiel personnel, importance portée au créatif jusqu'à l'âge de 7 ans.
En 1942, il mit en place un code : l’Alphabet plastique ! Il fait correspondre chaque lettre et chaque note à une couleur et une forme géométrique. Ses derniers tableaux seront créés en fonction du titre qu’il souhaite lui donner et y intègre les lettres sous la forme de ce fameux code (ex. : Cheval, Nuit, Soleil,…). Pour la petite anecdote, sa dernière oeuvre s’appelle « FIN » et reste inachevée : la mort d’Auguste Herbin survint en 1960 avant qu’il n’ait eu le temps de finir la colorisation.

Aujourd'hui, cet alphabet peut servir notamment aux infographistes pour par exemple de la création de logo.
Exposition jusqu'au 26 Mai 2013. Entrée à 8€ pour les adultes. Atelier ludique pour les enfants.